Ménipée

Publié le par Norby

Bonjour,
Le mot du jour est ménipée. Sa définition nous a été donnée par Colette (le 8 janvier 2006) car ce mot était proposé dans la rubrique des Mots perdus. Voici, en résumé, sa recherche.
 
1 / soit il s’agit d’un nom féminin et dans ce cas, le Littré indique simplement  "genre de polypiers coralligènes" (voila qui nous avance bien !).

2 / soit il s’agit d’un adjectif (parfois utilisé comme substantif) et pour le comprendre faisons un peu d’histoire.

Au départ, en Grèce antique (3 ou 4 siècles av. J.-C.), il y avait Diogène le cynique qui avait pour disciple un certain Ménippe. Selon certaines sources, Ménippe serait l’auteur de satires particulièrement acerbes. Pour d’autres, il n’aurait rien écrit et devrait sa célébrité à son humeur moqueuse et son indépendance d’esprit. En Grèce et ensuite à Rome, la satire était un genre littéraire caractérisé par son aspect "pot pourri " c’est-à-dire composite tant dans le style (vers et prose) que dans la variété des sujets abordés.

Lucilius (180 - 102 av. J.-C.), écrivain latin établit un style de satire "moderne": unité de forme (hexamètres) et de ton (attaques contre les vices d'une société). Les auteurs qui souhaitaient écrire des satires à l’ancienne mode, pour se distinguer du style "à la Luculius" se revendiquèrent de Ménippe le cynique. Ainsi Varron (116 - 27 av. J.-C) écrivain et savant romain, écrit des poèmes satiriques intitulés les Satires Ménippées (seuls des fragments nous sont parvenus). Durant le 1er siècle de notre ère, Sénèque écrit l'Apocoloquintose et Pétrone le Satyricon. Ces deux œuvres sont souvent qualifiées de satires ménipées.

A Paris, en 1564, Robert Estienne recueille et publie les fragments des Satires Ménippées de Varron, repris par d’anciens auteurs. A Tours, en 1593, est publié un pamphlet politique contre la Ligue et en faveur du roi Henri IV intitulé la Vertu du Catholicon d'Espagne. Un an plus tard, est ajouté à ce texte un Abrégé des Estats de la Ligue et le titre donné à ce nouvel ouvrage fût : la satire ménippée ou la vertu du Catholicon. Il arrive que cet ouvrage soit désigné simplement la Ménipée (avec une majuscule).

Ainsi les frères Goncourt écrivirent en parlant de Daumier : "C’est le miroir grossissant de nos laideurs morales aussi bien que de nos laideurs physiques, cette œuvre de Daumier où le grotesque va jusqu’à l’épouvante et où le comique s’élève au châtiment d’un vers de Juvénal. […] Quelle abondance dans cette Ménippée aux mille feuilles." Sans doute sous l’influence de Bakhtine et de ses travaux sur Dostoïevski et Rabelais, la critique contemporaine s’est intéressée aux satires notamment celles du style ménipée et à leur filiation à travers l’histoire de la littérature.

La ménipée (sans majuscule) devient ainsi la dénomination d’un genre littéraire caractérisé par la fusion du comique, du dialogue philosophique, du fantastique, du naturalisme, la représentation d'états psychiques inhabituels, le mélange de niveaux de langues. 
 

Publié dans Le mot du jour

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Christian 22/06/2015 16:09

satire ménipée ou ménippée ?
En tout cas merci pour votre article.

Norailyain 14/04/2006 10:41

Bonjour,Suis tombé sur votre blog par hasard en tapant "le mot du jour" sur google car je cherchais à enrichir mon aggrégateur RSS ... et c'est exactement ce qu'il me faut !Je voulais vous dire, à propos du mot du jour, qu'il me paraît curieux de voir la ménipée perdre son deuxième 'p' en devenant un nom commun ... :-/A bientôt de vous lire.