Dimanche 21 novembre 2004
7
21
11
2004
00:00
Article publié par Kortex
Comme d’habitude j’ai été un peu dépassé par le thème que je voulais aborder. Il s’agit des expositions / salons qui ont fait date dans l’histoire du XXème siècle. Comme il me faut expliquer le pourquoi du comment je crois que ce thème prendra 3 semaines car il est très concentré ! Cela me permettra de voir venir vos questions : n’hésitez pas je suis là pour ça, d’autant que les mouvements liés aux expositions dont je parle n’ont pas toujours des liens clairs entre eux et que mon plan n’est pas exhaustif (je le tiens d’un cours sur les modes de présentations) . Je vous donne le plan :
1. Salon des Refusés / Paris 1863
Les historiens me reprocheront que cette date ne fait pas partie du XXème siècle, c’est vrai, pourtant certains historiens de l’art (les américains surtout) font remonter la modernité à cette date, pourquoi?
2. Salon d’Automne / Paris 1905
Naissance du mot " fauvisme " et reconnaissance d’un genre marquant.
3. Exposition suprématiste / Russie 1905
Une révolution loin de nous mais fondamentale.
4. Armory Show / U.S.A. 1913
Les avant-gardes modernes européennes débarquent outre-Atlantique : comment la suprématie américaine en art s’est construite.
5. Salon des Artistes Indépendants / New-York 1917
Les européens toujours présent avec une remise en question de l'objet artistique : la naissance de l’art contemporain….
6. Exposition de l’art dégénéré / Allemagne
Une réalité historique.
7. This is Tomorrow / Londres 1956
Naissance du pop art et volonté politique de rayonnement culturel (petit prétexte pour moi de vous ouvrir à d’autres réalités : " la vérité est ailleurs ")
8. Art In Situ / Partout et ailleurs…
Est-ce la fin des musées ?
Salon des Refusés / Paris 1863
Les historiens me reprocheront que cette date ne fait pas partie du XX ème siècle, c’est vrai, pourtant certains historiens de l’art (les américains surtout) font remonté la modernité à cette date, pourquoi?
En 1863 a lieu comme prévu un salon officiel. Cependant cette année-là la sélection est plus restrictive que les années précédentes : 5 000 œuvres proposées pour seulement 2 000 acceptées. Par conséquent de nombreux artistes protestent et pour contenter tout le monde Napoléon III autorise la création d’un salon parallèle qui est rebaptisé " le salon des refusés ".
Ce salon fait date car des œuvres remettants en cause l’académisme de l’époque y sont librement exposées. Manet est au cœur de la tourmente avec " ’Olympia " et " Déjeuner sur L’herbe ". L’intégralité de ce salon ne fut pas forcément à la hauteur des peintures citées plus haut. Ce salon fait éclater le dilemme latent en opposant l’art pompier (=académique) en rupture avec les évolutions de la société que les futurs courants artistique chercheront sans cesse à capter. Un exemple tout bête : aucun peintre pompier n’a jamais représenté les symboles ou les conséquences des révolutions industrielles, largement caractéristique du XIXème : ils préféraient peindre des Vénus sensuelles qui ne répondaient qu’aux attentes d’une bourgeoisie se piquant de goûts aristocratiques (le grand vainqueur du salon officiel fut Cabanel avec une naissance de Vénus).
Salon d’Automne / Paris 1905
Naissance du mot " fauvisme " et reconnaissance d’un genre marquant.
Voici une petite anecdote qui vous permettra de briller en société et d’introduire mon propos. Le mot " impressionnisme " fut créer un peu de la même manière que le mot " fauvisme " : un critique d’art contemple le tableau de Monet " impression, soleil levant " en 1872 et déclare qu’en somme ce ne sont que des impressions : le mot est né !
Le fauvisme est un courant qui n’exista que de 1905 à 1908 environ. Les fauvistes cherchèrent à casser les trouvailles visuelles des impressionnistes en réaffirmant la planéité de la toile, en refusant tout effet de profondeur. Pour cela ils utilisèrent des couleurs quasiment pures. Ils se réclament des impressionnistes bien sur, mais aussi de Delacroix, des pointillistes Seurat et Signac, de Van Gogh du Douanier Rousseau, etc. La plupart d’entre eux sont des élèves de Gustave Moreau.
Mais reprenons : en 1905 un célèbre critique d’art, Louis Vauxcelles, se promènent dans ce salon et remarque un petit vase d’inspiration florentine tel qu’un grand sculpteur de la Renaissance en faisait, Donatello. Pris de compassion pour ce petit vase exposé dans la même salle que les recherches picturale d’un groupe se réclamant des impressionnistes, il écrit dans le complément du journal " Gil Blas " : " Un Donatello parmi les fauves ". Le mot fauvisme vient de naître ! Tout ceci pour illustrer le fait que ces courants ont fait l’objet de moqueries et qu’il en garde la trace jusque dans leur dénomination !
Exposition suprématiste / Russie 1905
Une révolution loin de nous.
Durant cette exposition Malevitch expose plusieurs tableaux de carré noir sur fond blanc. C’est le début du suprématisme. Mais me direz vous, qu’est ce que le suprématisme ? Ce mot découle de suprématie (si, si je vous jure) et il proclame la suprématie de la plasticité de la peinture et rejette toute figuration. Pour cela le suprématisme n’utilise que des formes géométriques. Malevitch tend vers l’absolu par ce rejet de toute figuration qui exprime trop souvent l’anecdotique. Ce courant eut un énorme impact sur les peintres russes (ex : Olga Rozanova, Ivan Klioum, Lioubov Popova, Alexandra Exter, Ivan Pougny). Mais c’est encore Malevitch qui parle le mieux de son mouvement : " Toute peinture passé et actuelle avant le suprématisme (sculpture, art verbale, musique) a été asservie par la forme de la nature et attend sa libération pour parler dans sa propre langue et ne pas dépendre de la raison, du sens, de la logique, de la philosophie, de la psychologie, des différentes lois de causalité et des changements techniques de la vie ". " Sa propre langue " signifie ce que nous nommons la picturalité pour ceux qui se souviennent de " comment lire une œuvre d’art " (je vous avais dit qu’on en reparlerait).
Pour clore cette petite explication du suprématisme je ne vous parlerais pas du constructivisme (grand autre mouvement russe de la même époque). Pour faire le parallèle avec le fauvisme (ci-dessus) je vous demande de vous poser quelques questions : savez-vous ce qu’est un carré ? Je pense que oui…donc vous pouvez vous le représenter mentalement ? En effet les formes géométriques sont des représentations mentales : elles n’appartiennent pas au monde visible, c’est-à-dire que si vous vous promenez en pleine forêt vous avez peu de chance de tomber sur la vision d’un carré mais si je vous parle d’un carré vous voyez ce que c’est : vous le voyez vraiment ! Donc le suprématisme n’est pas un mouvement figuratif, ni un mouvement abstrait.